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« Transformer les enjeux en jeux » Rencontre avec Marion Bataille

27 juin 2019

Invitée à l’École de Condé mardi 15 janvier 2019 à l’occasion du cycle de conférences « Les mardis du design », la graphiste, ingénieure papier et auteure de livres pour les enfants Marion Bataille nous a présenté sa démarche artistique.

Écrire. Une expérience éminemment personnelle, pratiquée aujourd’hui par 86% des adultes dans le monde, selon l’Unesco. Invitée à l’École de Condé mardi 15 janvier 2019 à l’occasion du cycle de conférences « Les mardis du design », la graphiste, ingénieure papier et auteure de livres pour les enfants Marion Bataille nous a présenté sa démarche artistique, au-travers de laquelle elle interroge l’expérience d’écriture.

 

Une poésie en 3D

 

Le travail de Marion Bataille, c’est d’abord une passion pour la réalisation de livres pop-up.

« Le pop-up, c’est une grammaire très simple : ce sont quatre mécanismes de base. C’est la combinaison de ce vocabulaire restreint qui crée la multitude des pop-ups qui existe. »

Après quatre ans d’études à l’École supérieure des arts graphiques (Esag), Marion Bataille s’installe à Londres où elle pratique la photographie. C’est en 1988 qu’elle réalise son premier livre pop-up. Emballée, la galerie Nigel Greenwood de Londres en expose un en 1989.

« Pour imaginer mes livres pop-up, d’abord je les fabrique. La création part de la technique. Cela se fait comme un mélange. Je me dis qu’il y a une forme de vérité si cela me fascine en faisant. »

 

Illustrer les sons

 

Après avoir réalisé des couvertures de livres, Marion Bataille s’intéresse désormais à créer aussi leur contenu. Elle se met à réaliser des livres pour enfants.

« Mes livres sont destinés à des enfants qui ne savent pas encore lire. Par contre, ils savent très bien lire les images. »

 

Pour ce public, l’image est une écriture, un basculement direct dans le monde.

« Mon premier livre m’a été inspiré par un petit garçon. On me disait qu’il ne parlait pas. Il regardait par la fenêtre les voitures passer et il s’écriait : « Vroum ! » J’ai pensé qu’il parlait très bien. »

C’était décidé : Marion Bataille allait faire un livre de paysages sonores en onomatopées.

« Ce que j’ai cherché à faire, c’est quelque chose de visuellement sonore. »

 

Une artiste inspirée par le numérique

 

Avec le basculement de la société dans le tout numérique, le rapport aux chiffres et aux lettres a changé. En 2013, Marion Bataille publie son ouvrage Numéro. Puisque le code a envahi nos vies, l’illustratrice transpose les 0 et 1 en jeux graphiques. L’artiste utilise la couleur pour représenter la lumière, afin de transformer la présentation de ces chiffres en spectacle. Un spectacle dont le rideau de début est une couverture jaune et lumineuse.

« Je trouve ça dommage que la couverture dise ce qu’il y a à l’intérieur. C’est important qu’une couverture couvre et masque ce qui se cache à l’intérieur, comme pour le mettre en scène. »

 

C’est en cherchant la traduction japonaise du titre de cet ouvrage que naît son intérêt pour l’expérience d’écriture.

« J’ai découvert qu’en Asie, tout ce qui perd la trace du geste perd de sa noblesse dans la typographie, alors que j’étais très marquée par la géométrisation, la simplification et la stylisation inspirée du Bauhaus. En Asie, il n’y a que le marketing qui utilise la typographie simplifiée pour avoir de l’impact. Cette découverte a beaucoup orienté mon travail par la suite. »

 

Des ateliers pour apprendre à écrire

 

Désormais, Marion Bataille travaille avec l’association Les trois ours pour réaliser des ateliers avec des enfants.

« Je cherche des outils pour permettre aux enfants d’apprendre à écrire en manipulant. C’est un âge où on a appris à reconnaître les formes suivantes : le rond, le triangle, le carré. On est alors prêt pour apprendre la subtilité de vingt-six formes. »

Par exemple, l’artiste invite les enfants à utiliser des formes géométriques pour écrire leurs prénoms.

« Ce qui est étonnant, c’est qu’avec des contraintes importantes liées aux outils simples, les ciseaux, la colle, et des formes déjà découpées, ils arrivent à personnaliser l’écriture. »

L’illustratrice se sert aussi d’un outil appelé le « Jacques ». Il s’agit d’un set de neuf formes sur une grille avec lesquelles on peut composer toutes les lettres.

« Une institutrice m’a dit qu’elle utilisait mon abécédaire en classe. Cela m’a donné très envie de faire des outils pour apprendre à lire. Pour le « Jacques », ce qui m’intéressait, c’était de pouvoir faire et défaire avec les mêmes outils. C’est tout aussi important de casser que de construire quand on apprend. C’est particulièrement le cas pour ces enfants qui arrivent en France, et qui doivent oublier leur langue d’origine pour apprendre le français. Pour eux, cela a un sens particulier de faire et défaire. Il y a beaucoup d’enjeux liés à l’écriture et si ces enjeux peuvent se transformer en jeux, cela peut alléger le processus d’adaptation. »

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