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    Patrimoine

    Anne Feller

    Restauratrice-conservatrice d’œuvres peintes

    Préservation du patrimoine

    Anne Feller

    C’est un métier qui éveille des émotions, qui a du sens, et je n’avais pas forcément conscience de l’importance qu’il pouvait avoir dans la vie des gens. Il y a souvent un attachement sentimental très fort à ces œuvres, et c’est ce lien humain qui rend ce métier si beau.

    2 minutes de lecture

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    ALUMNI : Anne Feller - Restauratrice-conservatrice d’œuvres peintes. Fondatrice de l’atelier A.R.O.A

    Couverture Anne Feller_CondeConnect.png

    Pouvez-vous nous raconter votre parcours de formation à Condé et ce qui vous a conduite à choisir la spécialisation en restauration de peinture de chevalet ?

    À 14 ans, je savais déjà que je voulais exercer ce métier. J’ai grandi dans un environnement sensible à l’art : mes parents m’emmenaient souvent dans les musées et les châteaux, et ils côtoyaient des restaurateurs, ce qui m’a permis très jeune de visiter des ateliers.

    J’ai choisi d’étudier à Condé parce que l’école accordait une grande importance au travail manuel, et c’est justement cet aspect pratique qui me plaisait le plus. J’ai aussi apprécié de pouvoir explorer d’autres spécialités, comme la restauration de papier, avant de confirmer mon choix pour la peinture de chevalet.

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    Quelles compétences ou enseignements acquis pendant votre formation vous servent le plus aujourd’hui dans votre travail de restauratrice ?

    Je dirais avant tout les compétences en physique-chimie. Nous avions un certain nombre d’heures dédiées à cet enseignement scientifique, indispensable pour éviter d’endommager ou d’altérer les œuvres sur lesquelles nous intervenons.

    Il y avait aussi un enseignement théorique très solide, où l’on apprenait les grands principes de la restauration et la déontologie propre au métier, avant de passer à la pratique en travaillant sur de véritables tableaux.

    J’ai obtenu mon Mastère en restauration de peinture de chevalet en 2021.

    Comment s’est passée votre transition entre la fin des études et le lancement de votre activité ?

    Tout s’est fait très rapidement, puisque j’ai ouvert mon atelier dès le début de l’année 2022. C’était un projet que j’avais longuement mûri, préparé et anticipé.

    Je me suis installée en zone rurale, dans des locaux que je possédais déjà. Les débuts ont été modestes : ma première cliente m’a trouvée un peu par hasard sur LinkedIn. Puis le bouche-à-oreille a commencé à fonctionner.

    J’ai aussi participé à des salons des métiers d’art, ce qui m’a permis de me faire connaître, et plusieurs journalistes locaux ont écrit des articles sur l’atelier, une aide précieuse, surtout dans une région un peu reculée.

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    Vous avez créé votre propre atelier, A.R.O.A, peu après l’obtention de votre diplôme. Qu’est-ce qui vous a motivée à vous lancer à votre compte si tôt ?

    C’était une évidence pour moi. Ce mode de travail, à mon rythme, m’apporte un confort de vie et une liberté qui me conviennent pleinement. C’est un métier assez solitaire, mais cela ne me pose pas de problème.

    Et cela ne m’empêche pas de participer à de grands chantiers lorsque l’occasion se présente. Récemment, par exemple, j’ai pris part à un important projet de restauration de peintures murales dans un temple, sur une période de six semaines.

    Quelles ont été les principales difficultés que vous avez rencontrées au moment de la création de votre atelier ?

    Je n’avais pas beaucoup de connaissances au départ sur la création d’entreprise : les statuts, les démarches administratives ou encore les différentes aides disponibles.

    J’ai donc pris le temps de me renseigner auprès d’autres artisans, d’échanger avec eux sur leurs expériences. Ces partages m’ont beaucoup aidée à trouver les bonnes informations au moment de me lancer.

    Il est aussi possible de suivre des formations proposées par la Chambre des Métiers, centrées sur la création d’entreprise, la réalisation de devis ou le choix du statut, qui peuvent être très utiles pour se préparer à cette étape.

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    Pouvez-vous nous présenter votre atelier A.R.O.A : quelles sont les œuvres sur lesquelles vous intervenez, et à quel type de clientèle vous addressez-vous ?

    J’ai ouvert l’atelier A.R.O.A début 2022, et j’y travaille seule. Il est principalement dédié à la restauration de peintures de chevalet, mais il m’arrive aussi d’intervenir sur des cadres anciens en bois peint ou des sculptures.

    Je suis actuellement en train de préparer un CAP dorure, pour élargir encore mes compétences.

    Ma clientèle est composée en grande majorité de particuliers, mais je travaille aussi de plus en plus pour des églises, sur des tableaux souvent dans un état très altéré. Ces restaurations sont parfois spectaculaires et peuvent me mobiliser pendant près de deux mois.

    Y a-t-il une restauration ou un projet qui vous a particulièrement marquée, soit par sa complexité, soit par la valeur symbolique de l’œuvre ?

    En ce moment, je travaille sur deux tableaux retrouvés dans une église. Les toiles avaient été roulées pendant longtemps, elles sont donc dans un état de conservation très délicat.

    Ce projet me touche particulièrement, car toute la commune de Brebotte s’est mobilisée pour restaurer son église, et la restauration de ces tableaux en sera un peu l’apothéose.

    Une inauguration est prévue une fois le travail achevé, et je trouve très beau de voir tout un village se rassembler autour de la préservation de son patrimoine.

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    Quels conseils donneriez-vous aux étudiants de Condé Patrimoine qui rêvent d’ouvrir un jour leur propre atelier ?

    Je leur conseillerais d’être patients et de construire leur projet pas à pas. Il faut accepter que l’atelier évolue au fil du temps, qu’il soit réaménagé plusieurs fois — l’essentiel, c’est d’y créer un environnement dans lequel on se sent bien pour travailler.

    Il est aussi important de se rendre visible : participer aux salons du patrimoine ou des métiers d’art, par exemple. Ces salons sont souvent accessibles financièrement, mais ils attirent beaucoup de visiteurs. On peut y distribuer ses cartes de visite, tenir un stand, et l’idéal est de montrer une restauration en cours — les gens sont souvent intrigués, cela suscite la curiosité. C’est aussi l’occasion de rencontrer d’autres artisans, d’échanger, et de tisser un réseau professionnel.

    C’est un métier solitaire, alors connaître des encadreurs, des menuisiers ou d’autres artisans d’art peut s’avérer précieux lorsqu’on rencontre des difficultés.

    Enfin, je participe régulièrement à des visites d’ateliers organisées par l’office du tourisme. J’ouvre mes portes pour faire découvrir mon métier, et ces moments donnent parfois lieu à des articles dans la presse locale.

    Au final, ce n’est pas forcément sur les réseaux sociaux qu’on gagne le plus en visibilité, mais bien sur le terrain, au contact du public et des autres artisans.

    Et plus personnellement, qu’est-ce qui vous procure aujourd’hui le plus de satisfaction dans votre métier ?

    Je dirais que c’est le partage et le dialogue. J’aime toujours autant parler de mon métier, et j’apprécie la façon dont il est perçu par les gens. Ils sont souvent très admiratifs de notre travail, et cela me touche profondément.

    C’est un métier qui éveille des émotions, qui a du sens, et je n’avais pas forcément conscience de l’importance qu’il pouvait avoir dans la vie des gens, tout en restant exercé dans une grande discrétion.

    Il m’est arrivé de voir des personnes verser une larme en redécouvrant leur tableau restauré. Il y a souvent un attachement sentimental très fort à ces œuvres, et c’est ce lien humain qui rend ce métier si beau.

    Un grand merci Anne, pour ce témoignage très inspirant !